
Issue
N°6
Marseille 90-91
1990, Alain Sauvan suit les Ultras toute une saison.
Ses photos racontent une époque et l’OM.

Issue
N°6
1990, Alain Sauvan suit les Ultras toute une saison.
Ses photos racontent une époque et l’OM.
1990, Marseille. Pendant une saison, Alain Sauvan suit les supporters -en particulier les Ultras du Virage Sud- appareil à la main, entre le Vel’ et les déplacements. Trente ans plus tard, ses images racontent une époque, une ambiance, une manière de vivre le foot et l’OM. On en parle avec lui, à l’occasion de la sortie de son livre.
Au départ, il s’agissait d’une commande du Figaro Magazine, qui m’avait demandé de faire le portrait d’un capo. La rencontre avec les leaders des Fanatics Ultras Winners m’a donné envie de continuer. Il y avait tout pour faire un bon sujet : l’aventure humaine et la richesse visuelle.
Oui, je pense que c’est un moment charnière. Les groupes commençaient à se structurer et à se penser comme des acteurs. Ce n’est pas un hasard si Bernard Tapie (ancien propriétaire du club) qui venait du monde du spectacle, leur a donné peu après les moyens de se développer, notamment à travers la gestion des abonnements.
Tout le monde était jeune, avec une forme de faim et de foi. Ils étaient prêts à s’engager corps et âme

Je dirais plutôt un monde en train de naître. Tout le monde était jeune, avec une forme de faim et de foi. Ils étaient prêts à s’engager corps et âme, à condition d’être reconnus comme le fameux Douzième Homme, qui sera d’ailleurs le titre de mon exposition en 1991.
L’OM de cette époque relevait d’une forme d’alchimie : un boss, un entraîneur, une équipe stable avec des joueurs auxquels les supporters avaient le temps de s’identifier. Tout le monde travaillait ensemble pour fabriquer quelque chose de beau, sans vraiment se soucier de la part de chacun.











Je crois que la question de la distance photographique ne se posait pas vraiment. J’avais déjà travaillé avec des groupes de rock sans être musicien, ou avec Zingaro sans m’intéresser aux chevaux.
Ce qui m’intéressait, c’était l’immersion dans des groupes et le fait de mettre mon instrument -la photographie- à leur service. Faire “des photos comme s’il n’y avait pas de photographe”, comme me l’a dit plus tard Marc Hodoul, ancien capo du CU84.
Le Virage était une véritable machine à intégrer
Je pense sincèrement qu’on peut parler de communauté. Tous partageaient les mêmes valeurs et donnaient de leur temps et de leur énergie pour un objectif commun.
Le Virage était une véritable machine à intégrer. Il faut dire aussi qu’il n’était pas encore sectorisé.
Beaucoup de choses changeaient à Marseille à cette époque. La ville se réveillait après des décennies Deferre. IAM et Massilia portaient un nouveau son, Tapie incarnait un verbe haut qui parlait aux Marseillais, l’OM forçait le respect.
Plus largement, le Sud sortait de sa torpeur et de ses clichés, on peut penser à la Movida en Espagne. La jeunesse marseillaise du Virage revendiquait une identité bruyante et métissée face à la capitale. Tout était réuni pour retrouver une forme de fierté.

Avant tout, l’image d’une certaine innocence. Aujourd’hui, tout va très vite et tout est devenu démesuré. Les équipes changent avant même qu’on ait appris les noms des joueurs, les jugements tombent immédiatement, les tifos débordent presque sur la pelouse.
Les joueurs ne savent plus vraiment à qui ils appartiennent, et les supporters ont parfois le sentiment d’être propriétaires du club. D’une certaine manière, ce n’est pas totalement faux : le football est devenu le plus grand spectacle du monde, et au Vélodrome comme ailleurs, il faut au moins les reconnaître comme des parties prenantes.
Il y a d’abord une forme d’envie, parce que j’ai eu la chance de vivre cette période. Mais il y a aussi autre chose. J’ai compris que, pour eux, ce livre marque le début d’une histoire dont ils se sentent les héritiers : celle du Virage, qui se développe en parallèle de l’histoire du club.
Cela m’interpelle. D’un côté, le football devient toujours plus spectaculaire. De l’autre, une partie du public refuse de se limiter à un rôle de simple consommateur. C’est l’ADN de l’OM, et en cela, Marseille reste une ville à part.

Alain Sauvan - 1990-91
Editeur : Erlebnis Fussball
128 pages
Format : 28 x 36 cm
Préface de Jean Pierre Papin, plus de 170 photos, textes en allemand/français